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juin 25 2014

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Les poilus de Saint-Sulpice Fin

 

Nous nous devons de citer également un autre militaire dont le nom ne figure pas sur le monument aux morts mais dont les restes reposent au cimetière de Saint-Sulpice. Il s’agit de Jacques de MECQUENEM, sous-lieutenant au 236ième d’infanterie, tué à l’ennemi le 20 juillet 1916 à Foucaucourt (80) suivant le ministère de la défense ou à Soyecourt si l’on en croit l’inscription sur la pierre tombale (ces deux localités de la Somme ne sont distantes que de 2,5 km). Né le 27 février 1881 à Bourges (18), Jacques de MECQUENEM est descendant d’une vieille famille ardennaise à la fois par son père Ernest Nicolas de MECQUENEM, colonel d’artillerie, et par sa mère Marie Gabrielle de MECKENHEIM d’ARTAIZE inhumés dans la tombe voisine de celle de Jacques. En effet ses parents sont les descendants de deux branches d’une même famille, peut-être d’origine germanique, dont le patronyme a évolué différemment. Sa grand-mère maternelle étant née des MAZIS (7), on ne s’étonne pas qu’il ait été inhumé dans la tombe de cette famille à Saint-Sulpice (8). Son nom et son grade sont également inscrits sur une plaque commémorative dans l’église de Saint-Germain-des-Prés à Paris.

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Cliché de l’auteur. Tombes de la famille de SAINT POL

C’est aux maires que revient le pénible devoir d’annoncer aux épouses, aux mères, aux familles, la disparition de l’être cher pour lequel elles tremblent depuis des mois, parfois des années. L’annonce officielle prend souvent des délais et des circuits administratifs surprenants. C’est de Paris que part, le 21 août 1916, l’avis de décès de Simon Pierre DELORME mort le 18 juillet dans la Somme ; de Quimper le 19 février 1915, celui de Julien DENNIELOU décédé à l’hôpital de Dernancourt également dans la Somme près de deux mois avant ; de Montargis le 4 décembre 1916, celui de René Alfred THEVARD tué à l’ennemi devant Verdun le 4 novembre. Le 17 août 1916, le dépôt du 1er régiment de Zouaves à Saint-Denis annonce que Laurent VAN LACKE est tombé au champ d’honneur à Maricourt (Somme) le 21 juillet, puis, le 22 août 1916, une nouvelle dépêche émanant du même lieu fait état d’informations officieuses suivant les- quelles le même militaire aurait été « blessé le 20 juillet sans indications sur la nature de la blessure ni sur le lieu de l’hospitalisation »

Parfois, la famille habituée à recevoir des courriers fréquents de son « poilu » s’inquiète d’être tout à coup sans nouvelles. Ainsi, Louise MORICE, à un mois d’accoucher de son quatrième enfant s’inquiète du sort de son époux Edouard Georges DECUYPER. Celui-ci, blessé et hospitalisé le 3 octobre 1918 n’a plus écrit à sa femme depuis cette date.

Le premier conseiller municipal Alphonse Désiré BOSQUILLON, en l’absence du maire LAVALLEE, lui-même mobilisé, tente de s’informer auprès du médecin chef de l’ambulance 16/22 en lui écrivant le 30 octobre. La réponse datée du 4 novembre est la suivante : en date du 1er novembre, tous les renseignements concernant le soldat DECUYPER Georges Edouard ont été transmis au bureau de «renseignements aux familles» 43 Avenue de La Motte-Picquet, Paris, seul autorisé à les faire parvenir aux familles. La pauvre Louise n’a plus qu’à attendre que, toutes procédures respectées, on lui annonce officiellement que son Georges est mort le 13 octobre !

Par la loi du 27 juillet 1917, les enfants des militaires morts pour la France ont été adoptés par la Nation en tant que pupilles. La mention du jugement de tribunal relatif à cette adoption est portée en marge de leur acte de naissance sur le registre d’Etat civil. A ce titre, l’Etat ne se substitue pas aux responsabilités des mères et des tuteurs de ces enfants mais vient offrir une reconnaissance et une protection supplémentaire à ceux-ci.

casque-1914-1Cet hommage à nos poilus ne serait pas complet si nous n’évoquions pas les nombreux combattants qui ont eu la chance, toute relative, de survivre à cet immense sacrifice communautaire. On estime, en effet, que plus d’un million trois cent mille militaires français sont morts pour la France.

Quand à ceux qui ont eu le «bonheur» de retrouver leurs familles, leur travail, leur vie «d’avant», s’ils n’ont pas tous été marqués dans leur chair, l’ont été au plus profond de leur âme. Comment ne plus revoir les scènes atroces auxquelles ils ont assisté ? Comment oublier leurs camarades de tranchée ensevelis et asphyxiés sous l’effondrement d’un abri bombardé, comment oublier ceux dont les corps, parfois dispersés en lambeaux sanglants, sont restés plusieurs jours là où ils étaient tombés avant qu’on ne puisse les relever et les inhumer à la hâte dans un cimetière improvisé ?

Que tous ceux-ci dont les noms ne sont pas gravés sur le monument aux morts restent aussi dans la mémoire collective. Ils s’appelaient :

Pierre BARRUE, mouleur à la briquetterie MULLER de Breuillet, cité à l’ordre du 37ième régiment d’infanterie le 22 juillet 1916 ;

Célestin Jules, Jacques Joseph, Eugène François (dit Mimile) et Henri Victor CLERGEON, frères de Louis Désiré. Jacques Joseph reçoit deux blessures durant la campagne de Belgique en août 1914. Il est cité à l’ordre du 341ième régiment d’infanterie le 12 mai 1917. Eugène François est fait prisonnier le 31 août 1914 et interné à Regensburg (Ratisbonne) en Bavière, jusqu’au 17 décembre 1918. Henri Victor est blessé par balle le 25 août 1914 et, fait prisonnier, il est interné à Lager Lechfeld (Bavière) du 25 août 1815 au 21 décembre 1918. Il a servi à nouveau durant la seconde guerre mondiale du 2 septembre 1939 au 9 mai 1940 ;

Martin FERRE, curé de Saint-Sulpice ;
Charles Clovis FOURGEAU, architecte, cité à l’ordre du 312ième régiment d’infanterie ;
Lucien Henri et Léon Julien HARRAULT ;
Pierre LAVALLEE, maire ;
Henri Clément LEGENDRE ;
Lucien Henri PIFFRET, fermier de Rochefontaine, blessé par éclat d’obus le 23 mai 1915 et invalide à 95% ;
Jacques RONDELEUX ; et sans doute quelques autres dont on voudra bien nous pardonner l’oubli.

 

 

(7) Marie Louise Henriette des MAZIS (1815-1861) est la sœur de Gabriel Henri des MAZIS (1809-1890) lui-même père de Marie Jeanne Henriette, Jeanne Marie Madeleine et Louise Marie Caroline alors occupantes du château de La Briche.
(8) Il s’agit en fait des deux tombes jumelles du comte et de la comtesse de SAINT POL (Louis III et Barbe Elisabeth Philippe de MARILLAC) auxquels la famille des MAZIS est apparentée.

 

 

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