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Le pèlerinage.

La procession.

La procession.

L’origine de ce pèlerinage remonte à des temps si reculés, qu’on n’a pas pu encore en fixer l’époque d’une façon indiscutable. La tradition veut que Saint Sulpice ait été honoré à Favières dès le VII » siècle. Le Saint, dans un voyage à Paris, aurait ressuscité un enfant qui s’était noyé dans la Juine, à Chamarande, petite commune sise quelques kilomètres plus loin, sur la route de Paris à Bourges. La confiance en saint Sulpice devint si générale qu’aussitôt après sa mort une église fut élevée en son honneur.
Elle devint bientôt le foyer d’un pèlerinage dont l’importance fut considérable; outre les documents scriptuaires dont le témoignage est irréfutable, l’admirable église, la plus belle église de village de France, élevée dans une commune dont la population n’a jamais atteint trois cents âmes, pour contenir quatre mille fidèles, affirme qu’au treizième siècle les foules y venaient prier.
C’est ainsi que le village anciennement appelé Favières (lieu où l’on cultivait les fèves. A copia fabarum ibi provenientum, dit de Valois, cité par Leboeuf), perdit cette dénomination et devint Saint-Sulpice-de-Favières (Au douzième siècle, le village se nommait encore Favières. Les archives du prieuré de Longpont contiennent une pièce où il est dit qu’Arnould, fils d’Adrad d’Etampes donna à ce monastère un labourage de deux boeufs, apud Faverias.)

Le 4 octobre 1764, la fabrique payait 14 livres 5 sols pour refaire des vitraux.
L’année suivante, une somme de 58 livres est affectée au grand vitrail du maître-autel. Le travail est fait par M. Thomassin.
En 1749, M. Renard, tuilier, fournit 3.400 tuiles, moyennant la somme de 68 livres, et Michel Léonard, pour 96 livres, refait à neuf la couverture de l’église du côté nord. Les lattes et les clous sont payés à part. La botte de lattes revient à 18 sols, la livre de clous à 6 sous. Cette dépense atteint 49 livres 16 sols.
Le 17 août 1753, la fabrique fait l’acquisition d’un nouvel ornement et le paye 800 livres; elle dépense au même moment 84 livres 8 sols « pour le rétablissement des ornements vieux de l’église ».
L’abbé Chenou, qui a succédé à l’abbé Agis, tient, on le voit, à la somptuosité des cérémonies qui doivent se dérouler dans son église à l’occasion de la fête du Saint pendant la première quinzaine de septembre. C’est le 4 décembre 1757 qu’est faite l’acquisition de la bannière de la confrérie qui a été remplacée en 1913 seulement. L’effigie de saint Sulpice qui figure sur les médailles a été gravée d’après l’image du saint qui, pendant cent cinquante-six ans a été représentée sur cette bannière. La fabrique donna pour cet achat 207 livres 10 sols, « le surplus avait été donné par M. Denis »,

Saint-Sulpice-de-Favières est situé à cinquante kilomètres de Paris, sur la ligne de chemin de fer de Grande-Banlieue qui va d’Arpajon à Etampes. Entourée de coteaux boisés et d’un massif de rochers, cette petite commune mériterait d’être un centre d’excursions, même si elle n’avait pas son admirable église. Mais c’est cette église, et c’est le culte de Saint Sulpice qui y ont toujours attiré et y attireront toujours l’affluence des visiteurs. Déjà, au XIIIème siècle, dans le Livre des Miracles de Saint Louis, Guillaume le Cordelier, confesseur de la reine, veuve de ce saint roi, constatait la célébrité du pèlerinage, et il notait que des malades y trouvaient la guérison. Ailleurs, cet auteur fait mention de ceux qui allaient prier à Saint-Sulpice-de-Favières ou à Saint-Léonard (à Croissy), et qui, n’ayant pas été exaucés, l’étaient au tombeau de Saint Louis, en l’église de Saint-Denis.

Le concours du peuple alla toujours en augmentant et l’Ordinaire autorisa le clergé à recevoir les prières et les vœux des fidèles pendant trois semaines. Commencée le 27 août, la fête du saint se prolongeait jusqu’au milieu du mois de septembre.
L’abbé Chastelain, dont le manuscrit a été détruit lors du sac de l’archevêché de Paris, en 1832, donnait d’intéressants détails sur l’importance du pèlerinage. Lebœuf, qui le cite au XVIIIème siècle, nous dit: « Quoi qu’on n’ait conservé de registre de la Confrérie que depuis deux cents ans, on est en état de prouver qu’il n’y a eu guère de confrérie dans le royaume plus nombreuse que celle de Saint-Sulpice-de-Favières. Il y a plus de cinq cents paroisses qui s ‘y sont fait agréger, ce qui forme plus de 28.000 personnes. La célèbre paroisse de SaintSulpice de Paris députe chaque année les anciens marguilliers qui y viennent avec un prêtre … On remarque, après Saint-Sulpice de Paris, les habitants de Clamart, en plus grand nombre que ceux des autres villages dans cette confrérie, sans doute, parce que depuis trente ans, il y a eu quatre malades de cette paroisse qui ont obtenu leur guérison en ce lieu. »

La cure de Saint-Sulpice-de-Favières est une de celles dont l’évêque de Paris s’est toujours réservé la nomination. Le Pouillé du XIIIème siècle la cite en ce rang, comme faisant partie du doyenné de Linas. Le Pouillé du XVème siècle fait la même mention et ajoute que le revenu de l’église atteignait alors 200 livres, revenu trois fois plus fort que celui des autres paroisses.

L’église et le pèlerinage connurent bien des vicissitudes. Pendant la guerre de Cent ans, les Anglais désolèrent toute la région. Ils pillèrent Chartres et Arpajon. Saint-Sulpice ne dut pas être épargné d’autant plus qu’en I35I, on y avait installé une sorte de camp. Les guerres de religion, la Ligue, la Fronde se succédèrent et causèrent dans la région autant de ruines que l’invasion étrangère. C’est pendant la Fronde des Princes, tandis que l’armée de Turenne occupait le pays, vers l652, que l’incendie du presbytère mit le feu à l’église et causa l’effondrement de la voûte.

Saint Sulpice, qui protégeait son église, lui envoya alors comme curé un prêtre actif qui entreprit de réparer ces ravages, de rendre au pèlerinage son éclat, et termina sa vie en dotant généreusement sa paroisse : Messire François Bouvier. Un portrait, conservé à la sacristie, nous a transmis les traits si doux et le regard pénétrant de ce prêtre apostolique.
François Bouvier était originaire du diocèse de Paris. Il appartenait à une famille bourgeoise dont les membres furent tour à tour notaires ou avocats au Parlement.
Il jouissait d’une petite fortune qui eût été sans doute insuffisante pour réaliser toutes ses initiatives, si son zèle n’avait pas suscité d’autres ressources.
En 1672, nous le voyons restaurer l’église, installer des retables et des boiseries, refaire une voûte en bardeaux, ouvrir deux écoles, accroître les .revenus de la fabrique, doter la paroisse d’un presbytère. Aussi, nous le trouvons, le 20 août I685, prosterné devant Mgr de Harlay, archevêque de Paris, sollicitant de lui la reconnaissance des nouveaux statuts qu’il vient de donner aux Confrères de Saint-Sulpice. On était alors au lendemain de la condamnation des propositions de Jansénius par Alexandre VII, et à la veille de la disparition de Port-Royal.

C’était l’époque où sous le vain prétexte de l’indignité humaine, les jansénistes éloignaient les fidèles de la Sainte Table. François Bouvier, attaché aux vraies traditions catholiques, prescrivait aux Confrères de Saint-Sulpice l’obligation de communier au moins six fois dans l’année, et une fois au décès de chacun des confrères (La confrèrie comprenait vingt-huit mille membres au XVIIème siècle). Nous avons sous les yeux le parchemin aux armes de François de Harlay, archevêque de Paris, duc et pair de France, qui contient la charte de la confrérie. « Chaque confrère, y est-il dit, sera obligé de se confesser et communier le jour de son entrée en la dite confrérie et de faire la même chose le jour du Patron et des quatre principales fêtes de la confrérie. » Et en cas que quelqu’un se trouve avoir manqué à ce devoir sans cause ou empêchement légitime, et récidive après en avoir esté adverti par ledit curé, il pourra estre rayé du nombre des confrères si le dit curé le juge à propos .. »

« •.. Après le décès d’un des confrères, le dit curé donnera jour pour célébrer un service qui sera fait aux dépens de la confrérie pour le repos de l’âme du deffunt, et on sera tenu d’y assister comme aussy de communier une fois à son loisir à même intention. »

Le culte de saint Sulpice est à ce moment très florissant. Les dévots du Saint viennent prier devant ses reliques et aiment à s ‘assurer des prières dans son église après leur mort.
C’est ainsi que Marie Dramand, veuve de Savinien. Sergent, laboureur de son vivant, donne à M. Bouvier et à Louis Pillas, marchand et marguillier, la somme de deux cents livres, à charge de dire quatre messes à l’intention du défunt, deux à celle de sa femme et un salut le jour de la Purification, à l’issue des Vêpres.

Messire Adrien Bouchard, prêtre, chanoine de Coutances, ci-devant curé de Saint-Maurice, fait à l’abbé Bouvier et à ses successeurs une rente de douze livres dans les mêmes intentions pieuses. M. de Mailloc donne onze livres de rentes à l’église, « en mémoire de Marie de Saint-Pol,jadis son épouse », Nous pourrions en citer beaucoup d’autres. Quelques jours avant de mourir, François Bouvier écrivit son testament.
Après avoir suscité tant de générosité en faveur de sa chère église, il tint à rester son principal bienfaiteur . En retour, il demanda à être enterré sous la lampe du sanctuaire. C’est là qu’il repose encore sous une pierre tombale portant cette inscription :

DOM Icy Repose Le corps de
Mre François Bouvier Prestre-Curé
De cette Eglise.

Son testament nous apprend qu’il légua à la fabrique de Saint-Sulpice « tous les biens qu’il a plu à Dieu de lui donner et qu’il a pu amasser par des épargnes et économies, et toutes ses rentes ». La fabrique a charge de faire une rente de cent cinquante livres à l’école, et deux cents livres par an à l’institutrice. Elle doit donner cinq cents livres par an à un prêtre en qualité de chapelain, et une maison. Elle doit donner à un autre prêtre, en qualité de deuxième chapelain, quatre cent cinquante livres et une maison avec jardin.
Le testateur demandait plusieurs messes et services. Citons cette disposition qui montre la délicatesse de son âme et son amour des petits :
« Je veux et désire que le quatrième jour de décembre soit dit une haute messe et vigile à trois leçons pour le repos de l’âme de Andrée Gambrelle ancienne maîtresse d’école, en reconnaissance de l’instruction qu’elle a rendue aux petits enfants pendant sa vie… »
Ce testament fut fait le 1er février 1716.
Moins de deux mois plus tard, François Bouvier comparaissait devant Dieu, comme nous l’apprend son acte de sépulture :
« L’an 1716, le vingt-sixième d’août, est décédé Messire François Bouvier, curé de Saint-Sulpice-de-Favières, cette paroisse, qui, ayant été appelé au gouvernement de cette église en l’année 1672, a consacré ses soins, ses veilles et ses biens pour sa décoration et l’a tirée de l’oubli où apparemment les malheurs des temps l’avaient fait tomber. L’état où il l’a laissée, les legs pieux qu’il a faits, pour l’y conserver, seront à la postérité témoignage authentique de son zèle et de sa charité vraiment pastorale. Il a été inhumé dans l’église, sous la lampe au milieu du chœur, par M. Julien Eddeline, curé de Mauchamp. A ladite inhumation ont assisté MM. les curés et vicaires sous le 27 du mois. »
M. l’abbé Louis Agis, docteur de Sorbonne, succéda à l’abbé Bouvier et veilla à l’exécution de ses volontés.
Pendant le dix-huitième siècle tout entier, la prospérité du pèlerinage ne cessa de s’accroître.
Je n’en veux comme preuve que le registre des recettes et .des dépenses de la fabrique.
Au 16 septembre 1743, il fallait débourser 52 livres 4 sols « pour les peines et salaires des personnes qui ont été employées pour la fête du patron ».
L’année suivante, cette dépense atteignait 51 livres 12 sols.

De grandes dépenses sont faites de 1 760 à 1770 pour achever la couverture à neuf de l’église. Des maçons, des charpentiers et serruriers sont employés à différents travaux, particulièrement au clocher de l’église dont on refait le beffroi.
Vers la fin de l’année 1772, l’ abbé Chenou est remplacé par l’abbé Chauvot, son auxiliaire depuis 1768. Il continue cependant à habiter la paroisse 1.
Les travaux faits au clocher ont dû avoir pour but des aménagements intérieurs pour la pose d’une nouvelle cloche, car le 25 novembre 1774, on verse un acompte de 145 livres « au fondeur de la cloche dont il lui est retenu 10 livres pour le surplus du métal qui lui est resté ».
Cent quatre-vingt-dix livres sont payées le 17 mars 1 779 à Le Sieur, pour avoir repeint toutes les grilles de l’église et la Chapelle des Miracles. Cette somme représente la moitié de la dépense, I’abbé Chauvot prenant le reste à sa charge.
Une grosse cloche est installée en 1782. Elle est fondue par Simonneau, et payée 85 livres à un de ses créanciers, le sieur Bourgeois d’Etampes, en vertu d’une sentence rendue à son profit.
Un « soleil », un dais pour le Saint Sacrement sont achetés le 10 juin 1787. La dépense atteint 902 livres.
La dernière dépense figurant au registre est de 75 livres « pour payer du linge pour surplis et rochers »,
Une église du village n’aurait pu subvenir à de si lourdes et d’aussi fréquentes dépenses, si la piété des fidèles ne s’était point traduite en générosités.
Les revenus de la fabrique lui permettent d’assurer les lourdes charges d’entretien de cet admirable monument qu’est l’église de Saint-Sulpice.
Les quêtes, durant les solennités de la fête du Saint, rapportaient des sommes relativement considérables, si l’on tient compte de la valeur de l’argent à cette époque.
Il n’était pas rare qu’elles rapportassent 350 livres ; cette somme était parfois dépassée.
En 1741, la quête atteint 453 livres 18 sols; en 1742, 486 livres 11 sols; en 1743, 376 livres 18 sols; en 1744, 398 livres 7 sols; en 1755, 439 livres 2 sols; en 1777, 409 livres 14 sols.
Les années qui précèdent la Révolution ne marquent pas un fléchissement très considérable dans l’affluence des pèlerins, bien que l’influence des idées nouvelles se fasse sentir.
Les quêtes s’élèvent à 210 livres 12 sols en 1783; à 302 livres 11 sols en 1784 ; à 267 livres 15 sols en 1785 ; 227 livres 14 sols en 1786 ; 237 livres en 1787 ; 167 livres en 1788.
A ce moment-là, les marguilliers en charge étaient Claude Barois et Jean Charpentier. Tous deux, avec Macaire, l’instituteur, ont contresigné le dépôt de la dernière somme.

Pierre Leroy

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